09 juin, 2002

L’Œil de l’Enfant : La curiosité comme rempart

 



Pour garder un esprit jeune et vigoureux, il existe un rempart naturel, une défense que nous possédons tous mais que nous oublions parfois d’activer : la curiosité. C’est cet élan, cette envie de comprendre, d’apprendre et de s’émerveiller qui maintient la plasticité de notre être. On a longtemps cru que nos capacités ne faisaient que s'étioler avec le temps, mais l'expérience nous montre que notre esprit est capable de se remodeler jusqu’à notre dernier souffle, à condition qu’on lui donne du grain à moudre. La curiosité est le moteur de cette métamorphose continue.

En réfléchissant à mon parcours, je comprends que bien vieillir, c’est refuser de dire : « Je sais déjà tout » ou « Ce n’est plus de mon âge ». Au contraire, c’est cultiver cet œil d’enfant qui découvre le monde chaque matin. Qu’il s’agisse d’apprendre une nouvelle langue, de s’initier à un art, de s’intéresser aux découvertes de notre siècle ou simplement de lire un livre sur un sujet inconnu, chaque nouvel apprentissage crée en nous des chemins inédits. C’est une véritable protection contre le déclin de l’âme.

Mais au-delà de la connaissance, la curiosité est une attitude face à la vie. C’est ce qui nous empêche de nous recroqueviller sur nos certitudes et nos amertumes. Le monde change, et c’est magnifique. Même si nous ne comprenons pas tout, chercher à saisir l'époque qui nous entoure nous maintient dans le flux vibrant de l’existence. L’émerveillement est un antidote puissant : celui qui sait encore s’extasier devant la complexité d’une fourmilière, devant la beauté d’une symphonie ou devant l’ingéniosité d’une idée neuve ne peut pas sombrer dans la tristesse.

La curiosité nous pousse vers l’extérieur, vers la découverte, vers la rencontre. Elle nous donne une raison de nous lever : découvrir ce que la vie a à nous apprendre aujourd'hui. Avec le temps, je réalise que c’est une forme de gratitude que de rester curieux d'elle. Ne laissons jamais la routine éteindre notre soif de savoir. Interrogeons les plus jeunes, demandons-leur comment ils voient le futur, lisons les poètes d’hier et les penseurs d’aujourd’hui. Ce dialogue constant avec la nouveauté est ce qui irrigue notre cœur.

Un esprit curieux est un esprit qui ne s’ennuie jamais avec lui-même. C’est le secret pour rester vibrant et pertinent, quel que soit le nombre de bougies que nous avons soufflées. La vie devient alors une exploration continue, un voyage sensoriel qui n’a pas de fin. Tant que vous apprenez quelque chose, vous ne déclinez pas, vous grandissez. Et cette croissance intérieure est, à mon sens, la plus belle des victoires sur le temps qui passe.