« Le mystère ne demande pas qu’on le nomme, seulement qu’on
l’écoute. »
Dialogue entre un participant et Bernard :
Question : Bernard, est-ce qu’on peut vraiment avoir une vie
spirituelle sans croire en Dieu ?
Réponse de Bernard : Oui, bien sûr. Beaucoup de personnes
vivent une vie intérieure riche sans utiliser le mot “Dieu”. La spiritualité,
c’est d’abord une manière d’habiter sa propre profondeur. Certains y voient
Dieu, d’autres la Vie, d’autres encore un mystère sans nom. L’important, c’est
la sincérité du chemin, pas l’étiquette.
Question : Mais alors… méditer ou prier sans croire en Dieu,
est-ce possible ?
Bernard : Absolument. Méditer, c’est écouter. Prier, c’est
parler à plus grand que soi. On peut très bien méditer pour se recentrer, ou
“prier” pour exprimer un souhait, une gratitude, un appel intérieur, sans
imaginer un Dieu barbu sur un nuage.
Un jour, une femme m’a dit : « Je ne crois pas en Dieu, mais
je lui parle quand même. » Je lui ai répondu : « Vous voyez, vous avez déjà de
l’humour spirituel. » Elle a ri… et c’était déjà une prière.
Question : Donc la vie spirituelle n’est pas réservée aux
croyants ?
Bernard : Non. La vie spirituelle appartient à tout le
monde. C’est comme la musique : certains l’étudient au conservatoire, d’autres
chantent sous la douche. Les deux vivent quelque chose de vrai.
La spiritualité, c’est ce qui nous relie à ce qui nous
dépasse : la beauté, la joie, l’amour, la paix, le mystère. Pas besoin de carte
de membre.
Question : Peut-on vivre une expérience spirituelle où
“Dieu” semble absent ?
Bernard : Oui. Beaucoup de gens vivent des moments de grâce
sans les appeler ainsi. Une émotion devant un paysage, une larme devant un
tableau, un frisson en écoutant une musique…
C’est comme si la vie nous disait : « Hé, il y a plus grand
que ton agenda. »
On peut vivre cela sans jamais prononcer le mot “Dieu”.
Question : Je mène une vie spirituelle, mais je refuse de la
placer sous le signe d’un Dieu de doctrines ou de dogmes. Est-ce normal ?
Bernard : C’est même très sain. Beaucoup de personnes ont
été blessées par des discours religieux rigides. Elles cherchent un chemin plus
libre, plus intérieur.
Vous pouvez être baptisé, avoir reçu une tradition, et
pourtant sentir que votre relation au mystère doit se vivre autrement. Cela ne
fait pas de vous un hérétique… juste un être humain honnête.
Question : La vie spirituelle est-elle l’exclusivité des
chrétiens ou des croyants ?
Bernard : Non. La vie spirituelle est une dimension humaine,
pas confessionnelle. Les traditions religieuses en sont des chemins, pas des
frontières.
C’est comme des sentiers différents qui mènent tous vers la
même montagne. Certains montent par le nord, d’autres par le sud. L’essentiel,
c’est d’avancer.
Question : Mais alors… qu’appelle-t-on “vie spirituelle” ?
Bernard : C’est la capacité de sentir qu’il y a en nous plus
profond que notre moi quotidien. Une source, une présence, une intuition, un
souffle.
La psychanalyse l’a dit à sa manière : « Je est un autre. »
Les mystiques l’ont dit autrement : « Il y a en moi une
lumière que je ne fabrique pas. »
La vie spirituelle, c’est écouter cette lumière.
Question : Est-on habité par un autre que soi ?
Bernard : Disons que nous sommes plus vastes que ce que nous
croyons. Nos rêves, nos élans, nos intuitions, nos émerveillements… tout cela
dépasse notre petit “moi”.
Un matin, après un rêve étrange, un homme m’a dit : « Je ne
comprends pas d’où ça vient. » Je lui ai répondu : « Peut-être de vous… mais
d’un vous plus grand que vous. »
Il m’a regardé comme si je venais de lui révéler un secret.
En réalité, c’était juste du bon sens poétique.
Question : Mais alors, qu’est-ce qui distingue une vie
spirituelle athée d’une vie spirituelle chrétienne ?
Bernard : La direction du regard.
Dans la vie spirituelle athée, on explore la profondeur
humaine, la conscience, la beauté, la sagesse.
Dans la vie spirituelle chrétienne, on reconnaît cette
profondeur comme une présence aimante, un Visage, une relation.
Les deux chemins sont légitimes. L’un dit : « Il y a du
mystère. »
L’autre dit : « Le mystère m’aime. »
Question : Qu’est-ce qui différencie un philosophe athée
comme André Comte-Sponville d’un chrétien ?
Bernard : Comte-Sponville parle de fidélité à la vie, à
l’amour, à la joie, sans croire en un Dieu personnel. Le chrétien vit ces mêmes
valeurs, mais les relie à une Source vivante.
C’est un peu comme deux personnes qui admirent le même
coucher de soleil : l’une dit « C’est magnifique », l’autre dit « Merci ».
Les deux ont raison.
Question : Et ce “je” plus profond, peut-on le comparer au
Christ ?
Bernard : On peut, si cela résonne pour vous.
Quand saint Paul dit : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le
Christ qui vit en moi », il parle d’une transformation intérieure, d’un amour
qui nous dépasse et nous traverse.
Mais on peut vivre quelque chose de similaire sans utiliser
le mot “Christ”.
L’essentiel, c’est de reconnaître que nous sommes plus
vastes que notre petit moi… et que cette vasteté nous appelle à aimer
davantage.
La vie spirituelle n’est pas une affaire de croyance
obligatoire, mais d’ouverture intérieure. Que chacun avance à son rythme, avec
ses mots, ses doutes, ses émerveillements… et le chemin fera le reste.
