Il m’apparaît clairement aujourd’hui qu’il existe un danger
insidieux qui nous guette au tournant de l’âge mûr, une petite musique douce et
pourtant mortelle que la société nous joue en boucle : l’idée du repos total.
On nous a vendu la retraite comme une grande vacance perpétuelle, une
récompense après quarante ans d'efforts. « Bientôt, je ne ferai plus rien », se
dit-on. Mais quand ce moment arrive, pour beaucoup, c’est le vide, le vertige.
Car la vérité brutale est celle-ci : l’arrêt de l’activité et des projets est
une agression directe contre votre neuroplasticité.
Le cerveau humain n’est pas programmé pour le néant. C’est
un organe de résolution de problèmes, fait pour anticiper, planifier et
apprendre. En réfléchissant à mon parcours, je comprends que dès l’instant où
l’on arrête d’apprendre, on commence, biologiquement, à s’éteindre. Cette
capacité incroyable de nos neurones à créer de nouvelles connexions ne s’arrête
pas avec les années ; elle ne s’arrête que si l’on cesse de l’utiliser. L’ennui
n’est pas un repos, c’est un stress toxique pour le cerveau.
Il est confortable, bien sûr, de s’asseoir dans son
fauteuil, de suivre la même routine, de voir les mêmes visages et de manger les
mêmes plats. C’est confortable, mais c’est létal pour l’esprit. Quand il n’y a
plus de défis, les fonctions cognitives déclinent à une vitesse effrayante.
Vous pensez vous reposer, mais en réalité, vous rouillez. Pour vivre heureux,
il faut accepter cette vérité exigeante : la retraite ne doit pas être un
retrait de la vie, mais une réinvention de l’activité.
Il s’agit de remplacer la contrainte subie par une «
contrainte passionnelle ». Vous devez avoir un projet, peu importe son ampleur.
Apprendre une langue, jardiner avec précision, écrire vos mémoires, vous
investir dans une association ou construire une maquette... Ce qui compte,
c’est la tension vers un but. C’est de se lever le matin avec quelque chose à
accomplir qui demande un effort. Car l’effort est la vitamine du cerveau. C’est
en se confrontant à la nouveauté que l’on se sent intensément vivant.
Regardez les créateurs, les passionnés : ils ne prennent
jamais vraiment leur retraite, car la création les tient en vie. Vous n’avez
pas besoin d’être un artiste de renom pour être un créateur. Créer, c’est
simplement faire exister quelque chose qui n’était pas là avant : un gâteau
réussi, un tricot, une lettre sincère, un jardin fleuri. Ne tombez pas dans le
piège du « à quoi bon ». Tant qu’il y a un projet, il y a du futur. Et tant
qu’il y a du futur, la vieillesse n’est pas une fin, c’est une continuation
vibrante.
