03 janvier, 2015

La Vitamine du Projet : Pourquoi le repos est un piège

 



Il m’apparaît clairement aujourd’hui qu’il existe un danger insidieux qui nous guette au tournant de l’âge mûr, une petite musique douce et pourtant mortelle que la société nous joue en boucle : l’idée du repos total. On nous a vendu la retraite comme une grande vacance perpétuelle, une récompense après quarante ans d'efforts. « Bientôt, je ne ferai plus rien », se dit-on. Mais quand ce moment arrive, pour beaucoup, c’est le vide, le vertige. Car la vérité brutale est celle-ci : l’arrêt de l’activité et des projets est une agression directe contre votre neuroplasticité.

Le cerveau humain n’est pas programmé pour le néant. C’est un organe de résolution de problèmes, fait pour anticiper, planifier et apprendre. En réfléchissant à mon parcours, je comprends que dès l’instant où l’on arrête d’apprendre, on commence, biologiquement, à s’éteindre. Cette capacité incroyable de nos neurones à créer de nouvelles connexions ne s’arrête pas avec les années ; elle ne s’arrête que si l’on cesse de l’utiliser. L’ennui n’est pas un repos, c’est un stress toxique pour le cerveau.

Il est confortable, bien sûr, de s’asseoir dans son fauteuil, de suivre la même routine, de voir les mêmes visages et de manger les mêmes plats. C’est confortable, mais c’est létal pour l’esprit. Quand il n’y a plus de défis, les fonctions cognitives déclinent à une vitesse effrayante. Vous pensez vous reposer, mais en réalité, vous rouillez. Pour vivre heureux, il faut accepter cette vérité exigeante : la retraite ne doit pas être un retrait de la vie, mais une réinvention de l’activité.

Il s’agit de remplacer la contrainte subie par une « contrainte passionnelle ». Vous devez avoir un projet, peu importe son ampleur. Apprendre une langue, jardiner avec précision, écrire vos mémoires, vous investir dans une association ou construire une maquette... Ce qui compte, c’est la tension vers un but. C’est de se lever le matin avec quelque chose à accomplir qui demande un effort. Car l’effort est la vitamine du cerveau. C’est en se confrontant à la nouveauté que l’on se sent intensément vivant.

Regardez les créateurs, les passionnés : ils ne prennent jamais vraiment leur retraite, car la création les tient en vie. Vous n’avez pas besoin d’être un artiste de renom pour être un créateur. Créer, c’est simplement faire exister quelque chose qui n’était pas là avant : un gâteau réussi, un tricot, une lettre sincère, un jardin fleuri. Ne tombez pas dans le piège du « à quoi bon ». Tant qu’il y a un projet, il y a du futur. Et tant qu’il y a du futur, la vieillesse n’est pas une fin, c’est une continuation vibrante.