🌿 Thème proposé : Du savoir à la
sagesse – l’art d’apprendre et de désapprendre
Dialogue
entre un participant et Bernard Hardy
Question : "J’ai l’impression d’apprendre sans cesse sur le chemin de l’éveil. Pourquoi cette phase d’apprentissage est-elle si importante ?"
Réponse de Bernard : "C’est une étape essentielle. Apprendre, c’est ouvrir les fenêtres de l’esprit, laisser entrer l’air neuf. Nous passons une grande partie de notre vie à accumuler des connaissances — à l’école, dans nos métiers, à travers lectures et rencontres. Ce mouvement nous permet de déconstruire les croyances figées, d’élargir notre regard, de nous libérer des superstitions héritées. Apprendre, c’est aussi se donner les moyens de penser par soi-même, de ne plus dépendre des dogmes extérieurs. C’est un acte de dignité intérieure."
Question : "Mais la connaissance ne suffit pas, n’est-ce pas ?"
Bernard : "Non, elle ne suffit pas. Le savoir est une carte, mais il ne fait pas le voyage. Il peut orienter, éclairer, mais il ne transforme pas. La véritable évolution commence lorsque nous choisissons de vivre ce que nous avons compris. C’est là que le cœur entre en scène. L’ego, lui, aime accumuler — il se sent en sécurité dans ce qu’il maîtrise. Mais la vie nous invite à expérimenter, à risquer, à incarner. C’est dans ce passage de la tête au cœur que la transformation devient réelle."
Question : "Qu’entendez-vous par le terme ‘désapprendre’ ?"
Bernard : "Désapprendre, c’est se dépouiller. Ce n’est pas oublier, mais cesser de s’identifier à ce que l’on sait. On peut avoir lu des centaines de pages sur la paix ou la compassion, mais si ces mots ne vibrent pas dans nos gestes, ils restent des abstractions. Le désapprentissage nous invite à lâcher les certitudes, à faire silence, à redevenir disponible. C’est une forme de nudité intérieure, une ouverture à ce qui est, sans filtre ni prétention."
Question : "C’est un processus difficile. Pourquoi l’ego s’y oppose-t-il autant ?"
Bernard : "Parce qu’il y voit une menace. L’ego se construit sur l’accumulation, sur le contrôle, sur l’image de soi. Désapprendre, c’est renoncer à cette maîtrise, à cette sécurité. C’est accepter de ne plus savoir, de ne plus briller, de ne plus convaincre. L’ego veut évoluer, mais sans se remettre en question. Il cherche la sagesse comme un trophée, alors qu’elle ne se conquiert pas — elle se révèle dans l’abandon."
Question : "Alors, comment trouve-t-on la sagesse ?"
Bernard : "On ne la trouve pas, on la laisse venir. Elle ne s’acquiert pas, elle se dévoile. La sagesse est ce qui reste quand le savoir s’est retiré, quand le cœur s’est ouvert, quand le mental s’est apaisé. Elle surgit dans la simplicité, dans l’accueil de l’instant, dans la capacité à ne plus chercher. Elle est là, discrète, dans le souffle, dans le silence, dans la présence."
Question : "Peut-on apprendre à désapprendre ?"
Bernard : "Oui, mais cela demande une grande honnêteté intérieure. Il faut accepter de ne plus savoir, de ne plus briller, de ne plus convaincre. Il faut apprendre à écouter autrement, à marcher sans but, à respirer sans vouloir comprendre. C’est une école sans murs, sans maître, sans programme. Une école de l’être, où chaque instant devient le professeur."