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Il est une idée reçue, solidement ancrée depuis des siècles
dans notre culture, qui voudrait que la spiritualité soit la propriété
exclusive des religions. Pour beaucoup, si l’on ne croit pas en Dieu, si l’on
ne fréquente aucun temple, on serait d’une certaine manière « amputé » d’une
partie de son humanité. Comme si, en renonçant au dogme, on renonçait du même
coup à la vie de l’esprit.
C’est un malentendu qu’il est urgent de lever.
Imaginez que la spiritualité soit comme la musique. La
religion, elle, serait le conservatoire : une institution avec ses règles, ses
professeurs, ses partitions sacrées et ses traditions. On peut adorer la
musique au sein du conservatoire, c’est une voie magnifique. Mais peut-on dire
que celui qui joue de la guitare seul dans sa chambre, ou celui qui s’émeut du
chant d’un oiseau en forêt, n’aime pas la musique ? Évidemment que non. La
mélodie appartient à tout le monde.
La spiritualité, au fond, c’est simplement la vie de
l’esprit. C’est cette capacité incroyable que nous avons, nous les humains, de
penser, de vouloir, de rire et surtout d’aimer. Être athée ou agnostique ne
signifie pas devenir une machine froide et calculatrice. Ce n'est pas parce que
l'on ne croit pas au "Grand Architecte" que l'on ne peut pas être
ébloui par l'architecture d'un coucher de soleil ou par la profondeur d'un
regard.
L’esprit, c’est notre cerveau en action : c’est cette force
qui nous pousse à chercher le vrai, à créer du beau et à pratiquer le bien. On
peut se passer de religion, mais on ne peut pas se passer de cette dimension
spirituelle sans s'appauvrir. Car c'est là que réside notre dignité : dans
cette liberté de questionner le monde et de l'aimer pour ce qu'il est, ici et
maintenant, sans attendre de récompense dans l'au-delà.
Avoir une « âme », dans ce sens philosophique, c’est
simplement être pleinement vivant, conscient de la chance d’exister et capable
de fraternité. Et cela, aucune institution ne peut nous en priver.
