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Nous sommes tous, que nous soyons croyants, athées ou agnostiques, les enfants d'une histoire qui nous dépasse. En Occident, nous avons grandi dans une "maison" bâtie sur des siècles de tradition judéo-chrétienne. Ses murs sont faits de cathédrales, sa musique de requiems et sa morale de solidarité. Mais aujourd'hui, beaucoup d'entre nous se sentent à l'étroit dans les règles de cette demeure. Faut-il pour autant la démolir et partir les mains vides ?
Je préfère l'image de la transmission d'une maison de
famille. On peut en aimer la chaleur, le jardin et les souvenirs, sans pour
autant se sentir obligé de croire aux fantômes qui, dit-on, hantent le grenier.
On peut garder l'héritage (les valeurs) sans valider l'inventaire complet (les
dogmes).
Prenez la fidélité, la générosité, ou le respect d'autrui.
Ce ne sont pas des inventions religieuses, ce sont des trésors de l'humanité.
Un athée peut être plus "chrétien" dans ses actes qu'un dévot,
simplement parce qu'il choisit la bonté par conviction personnelle et non par
peur d'un châtiment ou espoir d'une récompense céleste. C'est là que réside la
véritable noblesse de l'esprit : agir bien, gratuitement, pour la seule beauté
du geste.
Garder les valeurs, c'est reconnaître que le
"sacré" existe aussi sur terre. Le sacré, c'est ce qui nous est cher,
ce qui est inviolable : la dignité d'un être humain, la protection de la
nature, la recherche de la vérité. Nous n'avons pas besoin d'un texte sacré
pour savoir qu'aider un ami dans la peine est un acte de lumière.
En triant ainsi notre héritage, nous découvrons un
territoire commun immense. Croyants et non-croyants peuvent se retrouver autour
d'idéaux identiques : la justice, la compassion et la liberté. En laissant de
côté les dogmes qui divisent, nous faisons de la place pour ce qui rassemble.
C'est une spiritualité de la main tendue, où l'on se reconnaît non pas par nos
étiquettes, mais par la qualité de notre présence au monde.
